Economie Le taux de pauvreté est quasi stable mais toujours élevé en France

L'Est Républicain   11/07/2024 15:40

En dépit d'une forte inflation, le taux de pauvreté est resté quasi stable en France métropolitaine en 2022, à 14,4%, selon une étude de l'Insee publiée jeudi, notamment sous l'effet de mesures en faveur du pouvoir d'achat qui ont permis avant tout de « limiter la casse » estiment les associations.

En 2022, 9,1 millions de personnes se trouvaient en situation de pauvreté monétaire, c'est-à-dire qu'elles disposaient de revenus mensuels inférieurs au seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian, soit 1 216 euros pour une personne seule, détaille l'Institut national de la statistique.

En dépit de la forte inflation (+5,2%) enregistrée cette année-là, le niveau de vie des ménages a très légèrement augmenté (+0,3%) grâce aux dispositifs de protection du pouvoir d'achat et de mesures ciblées comme l'indemnité inflation ou le plafonnement de la hausse des loyers à 3,5%, relève l'Insee.

Un niveau très élevé pour la Fondation Abbé Pierre

Mais les 6,8 millions de Français les plus modestes ont dans le même temps vu les aides au logement baisser et les aides pour pallier l'interruption des activités liée à la crise sanitaire du Covid-19 s'interrompre, ajoute l'institut. En 2021, le taux de pauvreté s'était élevé à 14,5%.

« On reste à un niveau très élevé mais on peut constater que la première d'année d'inflation forte ne s'est pas traduite par une hausse de la pauvreté », réagit Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. « On reste prudents, on verra dans un an si on reste sur cette stabilité ou si cela augmente de nouveau ».

Pour l'heure, « cela montre que lorsqu'il y a une action de l'Etat pour compenser une dégradation de la situation, cela a des effets qui permettent au moins de limiter la casse », ajoute-t-il. « Mais la casse est toujours là, on est toujours à des niveaux élevés, au-delà de la barre des 9 millions, et ça c'est inquiétant, surtout qu'on ne sait pas si certaines mesures seront maintenues ».

« Pas moins de pauvres »

Même prudence à la tête du Collectif Alerte, qui réunit 34 associations de lutte contre la pauvreté. « Il n'y a pas moins de pauvres, donc ce n'est pas une bonne nouvelle et il n'y a pas de quoi se féliciter », estime son président Noam Leandri.

D'autant, ajoute-t-il, que le taux de « privation matérielle et sociale » a lui atteint 13,1% début 2023 en France métropolitaine, en légère hausse par rapport à début 2022 (12,9%), selon une autre étude publiée par l'Insee jeudi.

Ce taux de privation repose sur le renoncement des ménages à certains produits ou services, comme posséder deux paires de chaussures en bon état, se chauffer correctement, manger de la viande ou du poisson tous les deux jours, ou partir une semaine en vacances chaque année.

Si un ménage cumule au moins cinq de ces renoncements parmi une liste de 13 éléments « considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable », il est en situation de « privation matérielle et sociale », ou en d'autres termes « pauvre en conditions de vie ».

Se chauffer et manger

Si la part des Français en incapacité de payer leur loyer à temps a baissé (9,4%, -2,2 points entre début 2022 et début 2023), les difficultés s'accroissent pour honorer d'autres types d'engagement tels que le paiement des factures d'électricité, de gaz ou d'eau. Ces problématiques concernent 7% des Français contre 6,6% en 2022.

Parmi les profils les plus exposés au risque de privations, l'Insee pointe les employés et les ouvriers - qui subissent une hausse respectivement de 2 et 4 points depuis début 2020 - ainsi que les familles monoparentales et les familles nombreuses.

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